Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Zarboutan Nout Kiltir 2008
20 octobre 2008

La Région honorait samedi quatre grandes figures réunionnaises, quatre hommes dont la jeunesse s’étire en plusieurs décennies de combat : Daniel Honoré, Eugène Rousse, René Payet et Daniel Singaïny ont reçu avec émotion, surprise, humour et truculence le titre de “Zarboutan Nout Kiltir” 2008.
Si un jour vous entendez dire que l’un(e) des vôtres est devenu(e) un "zédènka", ne croyez pas qu’il a été enlevé par des petits hommes verts ou par les adorateurs d’une secte. Non, il ou elle aura reçu le titre de “Zarboutan nout kiltir” (ZNK pour les initiés), un titre honorifique créé en 2004 par la Maison des Civilisations et de l’Unité réunionnaise pour instituer la reconnaissance que la société réunionnaise peut (doit) avoir envers des hommes et des femmes qui ont été les passeurs de nos trésors immatériels.
Samedi, au Conservatoire à Rayonnement régional de Saint-Benoit, les Zarboutan 2008 étaient quatre hommes aux engagements très divers - un poète, un instituteur, un prêtre catholique et un prèt malbar - et réunis par le service des plus faibles, la transmission d’une langue et/ou d’une mémoire, le souci du bien commun.
Dans sa présentation du titre, François Vergès, directrice scientifique du projet de MCUR, a évoqué la finalité de cette innovation réunionnaise. Inspirée des "trésors vivants" du Japon, les Zarboutan honorent « l’enrichissement vague par vague » de la culture réunionnaise par des apports culturels immatériels de grande valeur : la langue, la transmission d’une mémoire, des croyances ou des idées, des religions... Tout ce qui reste aux sociétés quand elles « ne construisent ni grands châteaux ni pyramides », a dit François Vergès dans une introduction qui a mis en exergue les « valeurs » réunionnaises dont nous pouvons être fiers : une tolérance profonde, la solidarité, la plasticité.
« Vous n’êtes pas seulement des Zarboutan de la culture réunionnaise, mais des zarboutan de la culture du monde » a ajouté Chérif Khaznadar, qui entre autres nombreux titres est le Président de l’Assemblée générale des Etats parties à la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, à l’Unesco (voir aussi p. 16).
Le président de la Région, Paul Vergès, a souligné le caractère exceptionnel de la construction réunionnaise - une construction sociale faite sur trois siècles et demi dont plus de la moitié « a été marqué par l’esclavage qui refusait leur dignité à des milliers d’être humains, puis par la colonisation... » ne laissant à notre statut d’égalité qu’un demi siècle d’histoire. « Ces régimes successifs ont tout fait pour nous faire oublier notre histoire... Si nous pouvons aujourd’hui faire revivre l’essentiel, c’est grâce à ces “anonymes” souvent humiliés et méprisés qui ont su transmettre leurs richesses... S’il n’avaient pas existé, qu’aurions-nous aujourd’hui dans notre tête et dans notre cœur ? » a poursuivi Paul Vergès.
Un fait à souligner : aucun de ces hommes de combat n’ont été membres du PCR, mais tous lui ont rendu hommage, par ce qu’il y ont puisé, directement ou indirectement et chacun à sa façon a souligné la force fédératrice de ce parti, auquel ils sont pourtant restés extérieurs - à l’exception, pendant un temps seulement, de Daniel Singaïny.
C’est par exemple Daniel Honoré se souvenant d’une des leçons de son instituteur communiste, André Marimoutou, qui lui a dit un jour qu’« un instituteur doit être un animateur de son village ». René Payet a été prêtre « dans la rue, dans la grève, dans une élection »... et même dans un journal (voir p.3) mais sa plus grande récompense - a-t-il dit - « c’est de vous voir tous ici...fiers de ce que nous sommes et d’être capables de le transmettre à nos enfants pour qu’ils en soient fiers ! » Comme Eugène Rousse, tous ont dit leur « surprise » de se voir honorer pour avoir fait « ce qu’on fait tous les autres ». C’est qu’il faut bien donner une figure à la foule des anonymes passeurs, pour ne pas oublier les « passages de témoin ».
« Mersi d’avoir rekonèt nout komba ! » s’est exclamé Daniel SingaÏny, fondateur, symbole et âme de la Sapèl la Mizèr, qu’il a fondée à Villèle il y a 40 ans, en 1968.
Ces quatre figures symboliques des anonymes passeurs ont dit leur gratitude pour le titre qui leur a été décerné et remis par Paul Vergès, Chérif Khaznadar et Radja Véloupoullé, conseiller régional.
P. David
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