Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
10 novembre 2003

À tous ceux qui prêchent la croisade "Défense de l’avenir de nos enfants", qui luttent de toutes leurs forces pour que notre créole n’obtienne pas l’onction de l’Université et ne rejoigne pas la sacro sainte liste des langues qui compose les sciences de la linguistique…
Vos actions perpétuent l’œuvre de ces maîtres qui avaient épousé la culture de l’époque, dans ces temps où l’abomination ferrait Africains, Malgaches, Indiens, Chinois etc… les condamnant à n’être que des moyens de production dans des tâches ingrates à faire rendre de notre terre le meilleur d’elle-même… Dans ce parti pris pour l’esclavage, leurs volontés furent de disperser les langues. Aux marchés des esclaves les lots additionnaient les origines et les langues diverses. Ils ne devaient pas communiquer entre eux et fomenter des révoltes…
Le génie des nôtres produisit le créole pour contrer cette volonté. Notre créole germait comme expression de leur faim de vivre ensemble. Les chaînes de l’esclavage contraignaient les corps mais l’esprit, lui, vagabondait libre et se disait dans de beaux mots puisés dans les signifiances qui ont traversé les mers avec ces douleurs des déportations et construisaient patiemment notre créole que nous avons tété aux seins maternels…
Notre syntaxe capitalisait des vocables de la lointaine Europe, du Portugais, du Français, de l’Anglais, du Swahili, du Malgache, du Tamoul, du Chinois… Ce parler du monde, aux accents de tous les continents, au lieu de susciter notre fierté, car cela relève du miracle, nous voilà à nous enfermer aux frontières étroites de notre île sur ces questions de la légitimité d’apprendre notre langue qui ne peut pas seulement être "sympathique" et condamnée à n’être que folklorique.
Si elle entrait à l’université, aux lycées et aux collèges, qu’elle soit langue qui se rajoute aux autres pour enrichir les sciences de la linguistique, nous aurions démontré notre ouverture au monde… Canadiens, Américains, Thaïlandais, Japonais tous ceux là curieux auraient pu apprendre de notre génie. Votre mépris ajouté aux nombreux disqualificatifs dont vous nous affublez ne participe sûrement pas à créer la fierté créole… Avec vous, nous sommes condamnés à n’être que des nains. Serait-ce encore pour longtemps ?…
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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