Tout va très bien madame la Marquise !

26 septembre 2006

Imaginez une petite île surpeuplée à terme eu égard à sa topographie et à ses potentialités limitées, encombrée de voitures eu égard à son linéaire routier.
Cette île passée, l’espace en 150 ans, de la colonisation à la départementalisation avec ses transferts sociaux, puis à l’intégration européenne avec les fonds structurels et qui doit à présent affronter les dures réalités de la mondialisation avec toujours l’enjeu du rattrapage, celui de l’égalité des chances, des équipements structurants...
Dans cette île, un jeune sur deux en âge de le faire ne travaille pas, pour un taux de chômage global au-dessus de 30%.
Malgré une mobilité concernant, en moyenne annuelle, 5.600 de ces îliens, le solde migratoire reste ici imperturbablement positif !
Malgré un tissu économique proportionnellement le plus dynamique de France avec la création de plus de 4.000 emplois/an, taux de croissance de 5% et productivité à 3%, le chômage ne baisse toujours pas de façon significative !
Devant ces indicateurs qui interpellent, les spécialistes et autres politiques aveugles font l’autruche, la tête dans le sable de Boucan, l’une des plus belles plages de cette île et parlent sans rire du défi du développement économique mais aucunement d’intégration des hommes.
Aux revendications de dignité, ils opposent le respect des règles républicaines, faisant fi de celles dérangeantes de l’égalité des chances.
Pendant ce temps-là, sous le soleil, on s’installe durablement dans la précarité avec un RMI 6 fois supérieur à la métropole, 10 fois plus pour l’allocation de solidarité !
La maternité n’est pas toujours un projet affectif mais trop souvent une source de revenu amenant à une croissance démographique 6 fois plus forte que sur le territoire national !
Dans cette île en souffrance et en désespérance, des jeunes diplômés de plus en plus nombreux s’interrogent sur l’ascenseur social à l’arrêt, sur le drame de la mobilité sèche, sur l’accès barré à des postes à responsabilités, sur la logique de la reproduction mécanique de l’exclusion, sur l’attractivité de leur caillou pour des entrants de plus en plus nombreux venus trouver un bonheur auquel peu de gens osent encore rêver ici.
Ils s’interrogent, nos jeunes, sur la désormais fragile cohésion sociale, ils crient leur désespoir, mais on ne leur apporte toujours pas de réponse, ni de perspective.
Cette île qui voit 70% des constructions édifiées sur son sol, dans le cadre des lois de défiscalisation, appartenir à des propriétaires extérieurs à ses rives, cette île de la sur-rémunération et des exonérations, devient progressivement pour ses natifs, l’île de la vie par procuration...
Cela semble en tout cas convenir au pouvoir en place et à ses représentants locaux puisqu’il semble urgent de ne rien changer et de continuer comme avant...

Daniel Cadet


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Témoignages - 82e année


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