Virapoullé et les Mahorais : l’apprenti-sorcier

30 mars 2007

Après avoir évoqué des délinquants et leurs bandes, l’irresponsabilité des familles, Jean-Paul Virapoullé a fini par mettre en cause des Mahorais et leurs rabatteurs à propos des tragiques événements de Saint-André. Le Sénateur-maire aurait-il sauté sur l’occasion, comme il le dit lui-même pour pointer du doigt cette communauté, si une grande partie de la presse n’avait pas souligné que des participants à la tragédie étaient des originaires de Mayotte ? Cette même presse n’a-t-elle pas d’abord rapporté les propos de l’élu réunionnais avant de se faire l’écho des réactions qu’ils suscitaient ? Elle aurait pu, dès le départ, réagir, commenter voire condamner et contribuer ainsi à réduire l’impact des déclarations en cause.
Depuis que la décision de garder Mayotte au sein de la République française dans les circonstances que l’on sait - a été prise, La Réunion était prévenue : les citoyens français de l’île au lagon pouvaient fort légitimement venir s’installer chez nous. Nous n’étions pas prêts à les recevoir. Nous ne le sommes pas plus aujourd’hui et ne le serons demain.
Encore fallait-il ne pas jouer avec le feu.
Au début des années 90 avec le concours du député mahorais Henry Jean-Baptiste, Jean-Paul Virapoullé a organisé une véritable émigration mahoraise vers Saint-André. La chose était largement connue dans les villages de Mayotte. Plus de dix ans après, on vous en parle encore avec nostalgie. Les postulants au départ remplissaient des dossiers à la permanence électorale du député mahorais puis, les formalités accomplies, on les acheminait vers Saint-André. Sans doute dans la tête d’Henry Jean-Baptiste s’agissait-il d’aider des compatriotes dans le besoin et, par la même, renforcer chez eux le sentiment de vouloir devenir citoyen français à part entière. Dans la tête du Maire de Saint-André il s’agissait d’autres chose : se constituer une réserve électorale. Un point c’est point. Les problèmes de la communauté mahoraise à Saint-André viennent de là. Depuis cette époque se sont constitués les premiers ghettos. Il y a dans la commune une personne -et non des moindres - qui a voulu jouer à l’apprenti-sorcier.

Max Saminadin


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Témoignages - 82e année


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