Monde

Comment George Bush a été « réélu »

Élections truquées : un exemple révélateur de soupçons de fraudes électorales massives

Manuel Marchal / 3 janvier 2008

L’Etat de l’Ohio est une région sinistrée par la suppression de 250.000 emplois entre 2001 et 2004. C’est là que s’est joué en grande partie le résultat de l’élection présidentielle de 2004 aux Etats-Unis. Le 15 décembre dernier, un rapport présenté par la secrétaire de cet Etat, pourtant membre du même parti que George Bush, appelle à changer toutes les machines à voter qui ont servi à élire le président des Etats-Unis dans 50 des 88 comtés de l’Ohio, car elles ne garantissent pas la sincérité des résultats. Cette annonce explosive alimente les soupçons de fraude électorale en faveur du parti de la guerre, dans un pays où les opérations de vote se déroulent massivement sous forme électronique ou mécanique en impliquant des société privées et en excluant le comptage par les assesseurs. Le grand vainqueur est le parti de la guerre.

Du fait du suffrage indirect désignant le président des Etats-Unis (voir encadré), le résultat d’un seul des 50 Etats composant cette fédération peut suffire à désigner le vainqueur, même s’il compte finalement moins de voix sur le plan national que son principal concurrent. C’est ce qui s’était passé en 2000, où malgré une avance de plus d’un demi-million de voix, Al Gore a vu le texan George Bush l’emporter grâce au résultat de la Floride. Dans cet Etat de 15 millions d’habitants, George Bush a été crédité de 537 voix de plus que son adversaire démocrate, ce qui lui a permis d’être nommé Président des Etats-Unis à la suite du vote bloqué des grands électeurs (voir encadré).
Quatre ans plus tard, c’est l’Etat de l’Ohio qui détient la clé de la Maison-Blanche. La conquête du vote de ses 20 grands électeurs va désigner le prochain Président de la République. Car même si en additionnant les suffrages populaires, George Bush est en tête, une victoire de John Kerry dans l’Ohio signifie la défaite du Président sortant.
Durant le premier mandat de George Bush, l’Ohio a été durement touché par la crise. 250.000 emplois ont ainsi été supprimés en moins de quatre ans sur une population totale de 11 millions d’habitants. Les sondages à la sortie des urnes donnent John Kerry vainqueur avec plus de 4 points d’avance. Mais la proclamation des résultats débouche sur un résultat différent. Officiellement, George Bush l’emporte de 130.000 voix, soit 2,7 points. Ce qui constitue une grande surprise eu égard à la précision de ce type de sondage. En France, un tel écart lors de la dernière présidentielle aurait sans nul doute étonné.

Une étude de deux millions de dollars

Un événement récent va dans le sens d’une confirmation des soupçons de fraude électorale, c’est un rapport dévoilé par la secrétaire d’Etat de l’Ohio. Dans l’Ohio, comme dans la plupart des bureaux de vote aux Etats-Unis, les opérations de vote n’ont rien à voir avec ce que nous connaissons. Pas de bulletins, d’enveloppe ou de comptage manuel des votes : le citoyen ne glisse pas un bulletin dans l’urne sous le regard vigilant des assesseurs. Le vote se fait sous forme mécanique ou électronique. Dans ce dernier cas, il est enregistré sur une carte mémoire. Cette carte est ensuite transportée par une société privée vers un centre de dépouillement. Or, l’inscription dans cette carte d’un logiciel composé de quelques lignes de code informatique permet facilement de falsifier les résultats.
Par ailleurs, les machines incriminées ne remettaient pas non plus à l’électeur de reçu de vote. Parmi les exemples les plus révélateurs, des électeurs affirment avoir sélectionné le candidat Kerry et ont vu George Bush apparaître sur l’écran,
De plus, en 2004, le responsable des opérations électorales de l’Ohio était également le vice-président de la direction de la campagne de George Bush dans cet Etat...
Le rapport de Jennifer Brunner (1), secrétaire d’Etat de l’Ohio et pourtant membre du parti de George Bush, souligne la nécessité de remplacer les machines à voter, car elles ne garantissent pas un résultat sincère. C’est la conclusion d’une étude de près de deux millions de dollars. Une enquête compliquée par quelques obstacles comme la destruction “accidentelle” des récépissés de vote dans 56 des 88 comtés en Ohio au lendemain des élections, alors que la loi impose de les conserver pendant 22 mois.
C’est un euphémisme de dire que la présidentielle de 2004 en Ohio a débouché sur un véritable fiasco, reconnu par Jennifer Brunner.

Le triomphe du parti de la guerre

Au total, l’incertitude porte au moins sur 350.000 votes qui n’ont pas été pris en compte, alors que George Bush l’a emporté de 130.000 voix, soit largement de quoi remettre en cause le résultat de l’élection présidentielle.
Dans d’autres pays, si de telles méthodes sont employées, la communauté internationale fait part de la légitime indignation en évoquant publiquement des fraudes massives, et en appelant à la tenue de nouvelles élections sous l’égide d’observateurs internationaux indépendants.
Concernant l’élection présidentielle aux Etats-Unis, cette revendication apparaît d’autant plus justifiée qu’une des conséquences de l’arrivée au pouvoir de George Bush, et sa réélection quatre ans plus tard, a été le déclenchement d’une guerre de conquête pour faire main basse sur les richesses pétrolières en Irak et pour implanter des bases militaires aux confins de la Chine.

Manuel Marchal

(1) http://www.sos.state.oh.us/sos/info/everest.aspx : site du secrétariat de l’Etat de l’Ohio.


Élections présidentielles aux USA

La prise de pouvoir par le parti de la guerre

À la différence de la France, les électeurs des Etats-Unis n’élisent pas directement leur président. Les USA sont une fédération de 50 Etats. Dans chacun de ces derniers sauf deux, la totalité des grands électeurs, dont le nombre est proportionnel à la population de chaque Etat fédéré, apportent tous leurs suffrages au candidat arrivé en tête dans l’Etat. Par exemple, pour le cas de l’Ohio, le candidat arrivé en tête du scrutin remporte les suffrages des 20 grands électeurs, même s’il ne l’emporte que de quelques centaines de voix.
Le nombre total des grands électeurs est égal à 538. Mise à part les opérations de vote, une autre particularité des élections aux Etats-Unis tient en ce suffrage indirect. Pour être élu Président aux Etats-Unis, il suffit d’obtenir la majorité des voix des grands électeurs, pas de celle du peuple.
C’est ce qui s’est produit en 2000. Cette année-là, George Bush a obtenu 500.000 voix de moins que Al Gore (47,9% des suffrages contre 48,4%), mais il a été désigné vainqueur de l’élection. Il n’a dû sa victoire que par l’élection contestée des grands électeurs de Floride. Dans cet Etat, des milliers de votes défavorables à George Bush ont en effet été annulés, et le dépouillement s’est prolongé. Or, en Floride, les résultats ont fait état d’une avance d’à peine 500 voix pour l’actuel Président des Etats-Unis. Ces quelques centaines de voix lui ont permis d’empocher le vote des 27 grands électeurs de Floride, et de voir basculer le résultat national de l’élection en sa faveur (271 grands électeurs à 266). Moins d’un an plus tard débutait la guerre en Afghanistan, prolongée par l’implantation dans des pays frontaliers de la Chine de bases militaires américaines et par la conquête des puits de pétrole irakiens.


Un scrutin altéré

En Ohio en 2004, mis à part l’emploi de machines à voter peu sûres, il est fait état d’autres méthodes pour empêcher des électeurs issus de secteurs géographiques réputés défavorables à George Bush d’exprimer leur suffrage. Par exemple, 150.000 électeurs de la ville de Cincinnati ont été déclarés “inactifs” parce qu’ils n’avaient pas voté aux deux précédentes élections fédérales. Ce qui crée un obstacle supplémentaire pour faire valoir son droit de vote.
Par ailleurs, des résultats surprenant ont été notés dans certains secteurs. Là où quatre ans plus tôt, le candidat démocrate avait obtenu 98% des scrutins, c’est un obscur petit candidat qui en 2004 rafle plus de 30% des voix.


Kenya : manifestations sans précédents à la suite du résultat de la présidentielle

Le gouvernement américain félicite le vainqueur

Les affrontements entre policiers et manifestants protestant contre la réélection contestée du président kenyan Mwai Kibaki ont fait au moins 124 morts depuis le scrutin de jeudi, rapporte la chaîne de télévision publique KTN.
Raila Odinga a invité ses partisans à manifester massivement jeudi à Nairobi contre le résultat du scrutin, affirmant pouvoir rassembler un million de personnes dans un parc de la capitale.
Afin de tenter d’enrayer l’une des plus graves flambées de violence depuis l’indépendance en 1963, le gouvernement a déployé massivement les forces de sécurité et interdit la couverture médiatique en direct des troubles.
Alfred Mutua, porte-parole du gouvernement, a même évoqué le spectre d’un génocide comparable à celui de 1994 au Rwanda, où les médias locaux avaient joué un rôle crucial dans l’incitation aux violences.
Kibaki, 76 ans, a prêté serment dans l’heure qui a suivi la proclamation officielle de sa victoire controversée, dimanche, avec 230.000 voix d’avance sur Odinga.
Les observateurs de l’Union européenne ont contesté la régularité des opérations de dépouillement et les États-Unis, bien qu’ayant félicité le président sortant de sa victoire, ont fait part de leur préoccupation.
Dans un communiqué, l’ambassade des États-Unis à Nairobi a invité le système judiciaire kenyan à « jouer son rôle avec diligence » et exhorté Kibaki et Odinga à calmer leurs partisans.