Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Axel Gauvin, président de Lofis la Lang Kréol la Rénion
15 mai 2009, par

L’atelier “culture, mémoire, identité” des États-Généraux s’ouvre aujourd’hui à la salle Vladimir Canter. L’actualité de cette semaine nous rappelle que le chemin est encore long pour la reconnaissance de la langue créole, et donc de notre identité. Un enseignant s’est vu interdire de prendre la parole en créole au cours d’une réunion dans un établissement scolaire. Axel Gauvin, président de Lofis la Lang Kréol la Rénion, donne son point de vue.
Le directeur de l’école d’Agriculture de Saint-Joseph a récemment interdit à un enseignant de s’exprimer en créole lors des réunions au sein de l’établissement. Dans un courrier, cet enseignant est menacé de sanctions. En quoi la réaction de ce chef d’établissement est-elle choquante aujourd’hui ?
— La langue créole est la langue de la population réunionnaise, la langue maternelle de la plus grande partie de la population. Dans les autres régions françaises, par exemple au Pays Basque, on accepte que les enseignants s’expriment pendant les réunions dans une autre langue que le français. La seule contrainte reste l’écriture en français. Nous réclamons la même attitude pour le créole et nous ne contestons pas le français. L’enseignant n’a pas à être rappelé à l’ordre, à être menacé de sanctions. S’exprimer en créole, ce n’est pas une atteinte à la République, mais le refus du jacobinisme.
Nous réclamons les mêmes droits que les autres régions de France. Si les gens n’ont pas compris en créole, nous pouvons répéter en français. Si l’enseignant s’était exprimé en anglais, aurait-il été menacé de sanctions ?
Ce comportement ne prouve-t-il pas qu’il existe encore de fortes résistances dans la société ? Et dans le monde de l’éducation, de la part des responsables, mais aussi d’enseignants, même d’origine créole ?
— Non, les résistances ne sont pas majoritaires dans la société. Elles se manifestent surtout au niveau de la représentation de la société. Dans ce cas précis, il s’agit d’un chef d’établissement. Est-ce un jacobin ou un Réunionnais attardé ? Les sondages Ipsos montrent que 57% des Réunionnais sont favorables à l’enseignement du créole, à une condition : qu’ils puissent choisir, que cet enseignement ne soit pas imposé.
Concernant les professeurs, certains rejettent encore le créole. Nous n’avons pas de statistiques à ce sujet. Mais des dizaines d’enseignants du Second degré sont aujourd’hui volontaires pour l’habilitation d’enseignement du créole. Il existe bien un mouvement rétrograde contre le créole, mais il existe aussi un mouvement progressiste qui grandit.
L’atelier des Etats-Généraux sur la culture, la mémoire et l’identité s’ouvre aujourd’hui. Qu’en attendez-vous pour la langue créole ?
— D’abord, l’atelier ne mentionne pas la langue dans son intitulé. Mais une réunion publique est prévue le 20 mai à Saint-Pierre. Ensuite, il manque une réunion publique sur la culture, l’identité et l’engagement. Sarkozy a promis une loi sur les langues régionales. Nous attendons et sommes favorables à tout ce qui permettra d’avancer. Nous voulons un développement des classes bilingues à l’école pour les volontaires. Nous attendons aussi de l’Etat qu’il donne les moyens de fonctionner à Lofis et à toutes les associations qui se battent pour le créole et le bilinguisme. Pour le moment, la Région nous donne un réel coup de main.
Allez-vous mener des actions pour soutenir l’enseignant de Saint-Joseph ?
— Nous avons déjà publié une lettre dans les journaux. Nous allons discuter avec notre collègue pour la suite. Tout dépendra aussi de ce que le directeur compte faire. Mais sur le principe, nous sommes fermes. Il n’est pas question de sanction pour un enseignant qui s’exprime en créole.
Propos recueillis par Edith Poulbassia
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