L’invité(e)

La riziculture intensive bio : pour l’autosuffisance alimentaire de Madagascar et de notre région

Frédéric Guérin, consultant en agribiologie

Manuel Marchal / 20 janvier 2009

En juin dernier, Hamon Randriamahary et le Frère Michel Hubert ont animé une série de conférences sur un Système de Riziculture Intensive (SRI) promu à Madagascar par l’association Tefy Saina. Claire Chauvet et Frédéric Guérin militent pour cette association. Frédéric Guérin évoque cette technique qui, sans aucun produit chimique, est capable de multiplier les rendements des rizières jusqu’à 10. Plus d’infos sur www.srimadagascar.org"

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« Le SRI permet aux paysans de produire davantage que ce dont ils ont besoin, ce qui augmente leurs revenus ».

Frédéric Guérin, comment avez-vous découvert cette technique de riziculture intensive ?

- Claire et moi sommes partis 1 an à Madagascar à la rencontre des organisations paysannes. Nous sommes très orientés agrobio. Nous avons rencontré l’association Tefy Saina, et nous nous sommes naturellement investis à leurs côtés. Quand nous avons quitté Madagascar, nous avons voulu continuer à les soutenir. C’est l’opération SRI Madagascar.
Le SRI fonctionne depuis une vingtaine d’années. 2,5% des riziculteurs le pratiquent. Nous voulons contribuer à une accélération de la généralisation de cette technique qui pourrait permettre à Madagascar d’atteindre et de dépasser l’autosuffisance en riz, ce qui lui permettrait d’exporter de grandes quantités de riz.

Quelle est cette technique ?

- Il s’agit de repiquer des plants plus jeunes (âgés de 8 jours), de manière plus espacée, et en utilisant l’eau de manière plus rationnelle. À Madagascar, grâce à cette technique, on peut atteindre 24 tonnes de riz à l’hectare. Impressionnés, les Japonais sont venus étudier le SRI.
C’est une technique totalement bio. Les paysans utilisent des variétés traditionnelles. Le SRI est compatible avec les bonnes pratiques traditionnelles. On est bien loin des engrais chimiques et des pesticides de synthèse. Les riziculteurs ne s’endettent pas, ils n’ont pas à investir dans des produits chimiques dangereux pour la santé.
En plus, quand des personnes qui n’ont pas eu la possibilité d’apprendre à lire se trouvent en possession de tels produits, ils risquent des empoisonnements.
Le SRI valorise un savoir-faire qui tend à disparaître, il est une solution pour libérer les paysans des lobbies de l’industrie chimique. Il permet aux paysans de produire davantage que ce dont ils ont besoin, ce qui augmente leurs revenus.

Quelle peut être la contribution des Réunionnais à ce SRI ?

- Nous avons la Grande Île et ses petites îles sœurs. La Réunion et Madagascar sont liés à beaucoup de niveaux. Nous nous inspirons de l’opération Kéré qui avait rencontré un grand succès ici.
Si les Réunionnais préfèrent manger du riz malgache plutôt que du riz pakistanais ou thaïlandais, alors ils peuvent aider l’association Tefy Saina. Cela pourra rapprocher les îles de l’océan Indien, et contribuer à faire de Madagascar le grenier à riz de la région.

Propos recueillis par M.M.