Education-Formation

Luc Ferry : « La suppression des RASED fait économiser 8000 postes »

Témoignages.re / 13 septembre 2008

Un ancien ministre de l’Education nationale explique comment le gouvernement a choisi de faire des économies - ce qui, en soi, n’est pas répréhensible - en laissant tomber les élèves en difficulté ! L’école à deux vitesses est en marche...

La suppression du samedi et la semaine de quatre jours, est-ce d’après vous une bonne mesure ?
- Cela dépend de quel point de vue on se place. Si on se place du point de vue des performances des élèves, ce n’est pas forcément une chose formidable. Si on se place d’un autre point de vue, le point de vue budgétaire - qui peut paraître ridicule aux enseignants, mais qui n’est pas ridicule en soi, à mon avis, parce que l’avenir des enfants c’est aussi la dette publique qu’on laisse sur eux - cette suppression à la fois d’heures et de postes (puisque derrière la suppression d’heures, même au primaire, il y a des suppressions de postes) est évidemment défendable.
On peut avoir les deux points de vue et dire : « Ces gens de droite sont des gestionnaires au petit pied qui bradent l’enseignement pour des raisons budgétaires misérables » ou on peut dire - ce que je pense personnellement - « la question budgétaire, la question de la dette publique sont fondamentales et on ne peut pas exempter l’Education nationale, étant donné le nombre de fonctionnaires qu’il y a dans cette maison, d’un effort y compris sur le plan budgétaire ».

En supprimant le samedi, on fait des économies ? Comment ?
- Il faut vraiment être technicien pour le savoir. En fait, on peut l’expliquer simplement. Le passage de 26 à 24 heures, même dans le primaire, cela change le nombre de postes. Parce que la suppression des deux heures pour les élèves en difficulté permet de supprimer ce qu’on appelle les RASED, ou réseau d’aide et de soutien à l’éducation dans les départements. Cela fait économiser 8000 postes. Il faut quand même le savoir. C’est un point très important. C’est cela, l’enjeu de cette réduction, outre le fait qu’évidemment cela fait plaisir aux parents, aux élèves et aux professeurs.
Vous avez dans cette mesure un avantage politique et une réduction des coûts budgétaires.


Philosophe de la "dette publique"

Tout un chacun peut le constater : derrière l’apparente perfection de l’alternative posée dans sa réponse à la première question (défendable ? pas défendable ?), l’ancien ministre de l’Education (2002-2004) trouve normal de mettre sur les deux plateaux d’une balance, lorsqu’il s’agit de l’avenir des enfants, “l’instruction” et la “dette publique”. C’est, en soi, une curieuse comparaison, reposant sur une remise en cause sournoise de la gratuité de l’éducation.
C’est aussi un argument faussement équilibré puisqu’il trouve normal de rogner la première pour ne pas alourdir la seconde, comme s’il s’agissait d’un système de vases communicants. Ce que l’on comprend, c’est que derrière l’apparente “objectivité” de la comparaison, la préférence de l’ancien ministre de Jean-Pierre Raffarin va très clairement aux soins à donner à la “dette publique”, plutôt qu’à l’instruction des enfants. Il a commencé par dire que « du point de vue des performances des élèves, ce n’est pas formidable », pour très vite passer à une vision comptable, sur laquelle il s’étend beaucoup plus.
Et si tout le monde peut admettre qu’il soit envisageable de faire des économies dans l’Education nationale, il est en revanche inacceptable de commencer en cela par sacrifier les enfants en difficulté.
C’est très exactement ce qu’a décidé de faire ce gouvernement. La « performance des élèves », dans le fond, il s’en f...

P. David