Culture et identité

Quand notre île éveille la curiosité de l’Inde

Coopération régionale

Témoignages.re / 14 avril 2008

L’Organisation pour les initiatives de la diaspora à l’île de La Réunion (ODI), présidée par Jean-Régis Ramsamy, facilite les échanges entre l’université de Jawaharlal Nehru de New Delhi et l’Université de La Réunion. L’ODI accueille en ce moment le premier étudiant indien qui s’intéresse à notre île. L’Inde s’ouvre à la diaspora, avide de comprendre comment la culture tamoule a survécu à plus de deux siècles d’histoire dans l’Océan Indien. L’ODI souhaiterait étendre ce genre de coopération aux autres pays à l’origine du peuplement de l’île.

Paokholal Haokip aura passé les festivités du nouvel an tamoul 5109 à La Réunion. Cet étudiant de l’université Jawaharlal Nehru de New Delhi s’intéresse de près à notre île. Il prépare une thèse sur les engagés, en particulier sur le passage du statut d’engagé indien à celui de citoyen français après 1900. Une démarche inédite soutenue la toute jeune Organisation pour les initiatives de la diaspora à l’île de La Réunion (ODI). L’association présidée par Jean-Régis Ramsamy s’est fixé un objectif : faciliter les projets de recherche entre La Réunion et les pays d’origine, l’Inde, et pourquoi pas la Chine, l’Afrique, Madagascar... Pour une meilleure connaissance des diasporas de l’île. L’ODI est ouverte à toutes les contributions.
Le séjour d’un étudiant indien à La Réunion est la première action forte de l’ODI. En janvier dernier, l’association s’est rendue au 6ème congrès de la diaspora indienne à New Delhi, le Pravasi Bharatiya Divas. « Près de 7500 personnes d’origine indienne ont participé à ce congrès. Nous avons rencontré des universitaires de New Delhi et nous avons pris la décision de travailler ensemble. Une convention a été établie entre l’université Jawaharlal Nehru et celle de La Réunion. L’ODI est un porteur de projet, il est l’élément de jonction entre ces deux universités », explique Gilles Sagodira, secrétaire de l’association. Une convention a beau exister entre les deux universités, sans l’ODI, il n’est pas certain que Paokhalal Haokip aurait pu se rendre à La Réunion pour ses travaux de recherche. De l’accord de coopération à la mise en pratique, le chemin est semé d’embûches. Gilles Sagodira cite en vrac la « lenteur de la procédure administrative » pour l’obtention du visa, ou encore l’accès à un logement pour la durée du séjour. « Nous avons vu l’ashram du Port, celui de Sainte-Suzanne, avant que le CROUS accepte de l’accueillir », raconte Gilles Sagodira.

De l’engagisme à la citoyenneté française

Paokhalal Haokip est dans l’île depuis plus d’une semaine. Pour sa thèse, ce séjour s’avérait indispensable. Suite à une rencontre avec Jean-Régis Ramsamy à New Delhi (dans le cadre d’une conférence) Paokhalal Haokip est intrigué par la survivance de la culture tamoule à La Réunion après deux siècles et demi d’éloignement avec l’Inde. Il en fait son sujet de thèse mais les documents à sa disposition sont rares dans son pays. Il le dit lui-même, jusqu’à présent il avait encore « une vision de La Réunion d’il y a 30 ans ». « Nous n’avons pratiquement aucune étude sur La Réunion à part celles de Christian Ghazarian en anglais, déclare t-il. Cette semaine j’ai pu observer La Réunion et accéder aux archives locales. Ce séjour a montré que c’est possible mais j’ai rencontré beaucoup de difficultés. J’espère que mes collègues auront plus de facilité ». L’ODI a permis à Paokhalal Haokip d’assister à des marches sur le feu, de rencontrer des associations musulmanes et d’aller à Mafate. « Nous avons voulu lui montrer l’histoire de La Réunion, sa diversité », précise Jean-Régis Ramsamy.
Paokhalal Haokip s’est dit plutôt surpris de découvrir une île française aux cultures si vivaces.
Pour l’ODI, l’intérêt de cet étudiant pour La Réunion est le signe de l’ouverture de l’Inde à sa diaspora. « Les chercheurs s’intéressent à La Réunion. Ils sont en pleine réflexion sur l’indianité et sont près à rencontrer cette diaspora. Il cherche à combler cette coupure de l’histoire entre l’Inde et les pays d’arrivée des engagés », affirme Gilles Sagodira. Comme Paokhalal Haokip, deux autres étudiants indiens sont partis à la rencontre des communautés tamoules de l’Océan Indien, l’un à Madagascar, l’autre en Afrique du Sud. L’ODI projette déjà de faire venir 5 étudiants indiens à La Réunion dès cette année et pourquoi pas de publier leurs travaux de recherche. L’ODI lance d’ailleurs un appel au mécénat et aux collectivités locales pour « alimenter la Maison des Civilisations d’identités culturelles différentes ». Pour sa part, Christian Vittori, président d’honneur de l’ODI, prépare deux publications aux éditions Azalées : le Bal Tamoul, tranche de vie des engagés aux Lazarets décrite par le docteur Auguste Vinson au XIXème siècle, ainsi qu’une traduction française du code moral indien, le Tirukural (déjà traduit en anglais à Maurice).
Par ses actions, l’ODI veut ainsi répondre à la soif de connaissance de l’histoire réunionnaise. Mais aussi à une demande extérieure. Jean-Régis Ramsamy a rencontré Mahen Utchanah, président de l’International Gopio (Global organisation of people from indian origin) au récent congrès de la diaspora à New Delhi. Mahen Utchanah a plaidé pour une meilleure reconnaissance de la diaspora indienne francophone et a interpellé l’ODI à ce sujet. L’association pourrait bien contribuer à une visite du ministre indien de l’Outre-Mer, Ravi Valayar, pour le mois octobre à La Réunion. C’est du mois l’un des souhaits de l’ODI pour cette toute nouvelle année.

Edith Poulbassia